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> J’ai souvent regardé le travail d’Emeric et discuté avec lui.
J’apprécie la manière dont il a su dégager, certaines choses de ses expéditions pour en faire des œuvres.
C’est un jeune artiste qui pour moi a beaucoup de talent et que j’ai toujours trouvé très intéressant.

Christian Boltanski
Artiste

 

> A première vue, avec "Mother Fucker, burn !" installation vidéo où nos attentes de sang et de cris restent insatisfaites, "Go to see the swimming pool", une photographie prise à Kaboul, et un espace de documentation sur la Mercenary International Corporation™, pas de surprise, de choc ou de grande originalité - les formes sont bien connues. Sauf que chez Emeric Lhuisset, le multimédia n’est pas un genre mais une marque de sa liberté.
Au centre de son travail, un processus de création en situation de survie, "Exote". Une réflexion sur la création et le danger quotidien. Emeric Lhuisset choisit de se déplacer dans un environnement hostile, imprévisible, et c’est de cela que provient la force de son travail. Ici, pas d’engagement faussement politique, mais une implication, une expérience humaine, artistique et intellectuelle.
Sensible à la différence, il bâtit son œuvre sur l’ouverture au monde et aux formes. "Exote" est un processus, en ce sens, il va de l’avant. Emeric Lhuisset ne craint pas l’incertitude, au contraire, une part de la réussite du projet repose sur celle-ci.
Dans le travail d’Emeric Lhuisset, le contexte et l’environnement sont capitaux – tant pour l’artiste que pour l’œuvre, son élaboration et son partage. Les formes qu’il propose sont assez séduisantes ou spectaculaires pour attirer le public ; le contenu est suffisamment fort pour provoquer une réaction. Il nous plonge dans des situations où l’indifférence ne peut se loger.
Emeric Lhuisset est un artiste résolument actuel dans les préoccupations qui l’habitent, dans son mode de travail et ses choix formels. L’œuvre d’Emeric Lhuisset, d’un genre indiscutablement masculin, se déploie dans le temps et l’espace : il n’est pas réductible à un lieu, à un moment donné. Tout n’est pas là - juste quelques cendres qui laissent entrapercevoir les fondations d’un œuvre qui gagne chaque jour en densité.

Aurélie Bousquet
Critique d'art.

 

> I was very impressed with both his talent and his personality.
His photography & installation  express a genuine love for the world; Travel and experiencing different parts of the globe are an integral part of his curiosity.

Izhar Patkin
Artiste

 

> Tout au long de mes déambulations dans le Salon, j’ai croisé des hommes cagoulés et faussement armés, dont on ne sait s’ils appartiennent à un service de sécurité ou à un groupe terroriste. Le sigle MIC floqué sur leurs blousons noirs est en fait l’abréviation de Mercenary International Corporation, une société de sécurité fondée en 2008 par Emeric Lhuisset, qui expose ici un ensemble de travaux autour de son thème de prédilection, la création en milieu extrême. Il déclare, au nom du collectif Exote : « Nous ne recherchons plus le confort de l’atelier et de l’artiste dans un environnement aseptisé, mais l’inconfort. Notre but est de mettre l’artiste en danger en le confrontant à des situations extrêmes. Il s’agit de se (re)poser la question de la création dans un environnement hostile où l’artiste est menacé pas seulement dans sa création, mais aussi physiquement ».
L’installation est constituée de ce slogan-programme peint sur un mur, ainsi que de Go to see the swimming pool, une photographie d’une piscine en Afghanistan qui a servi de lieu d’exécution sous le régime des talibans, de Mother Fucker, burn !, une vidéo en caméra subjective d’un porteur d’AK 47 errant dans un dédale de couloirs souterrains qui rappelle fortement des jeux vidéos comme Counter Strike, et d’une série de fiches expliquant les projets du collectif (un séjour dans les zones tribales afghanes et pakistanaises, une expédition dans la jungle amazonienne, une infiltration des FARC, et la traversée du lac Baïkal gelé).
Emeric Lhuisset s’intéresse aux conflits, aux réseaux, aux systèmes d’organisation et à leurs connections, sujets qui s’expriment lors de la conduite des expéditions citées. La création du collectif Exote sert à théoriser ces actions et à définir un protocole de réalisation. Les expéditions sont en effet longues à mettre en place, et nécessitent une phase de recherches et de documentation, principalement via les médias, avant que l’étude sur place puisse être réalisée. Le travail sur le lieu de l’expédition doit s’étendre sur un temps suffisamment long pour que la sensation de danger existe au quotidien, et consiste en l’accumulation d’informations et de matériaux. La restitution de l’expérience se fait au retour, par le biais du médium le plus adapté (photographie, vidéo, ou de façon plus surprenante, création d’une entreprise)
Emeric Lhuisset réussit donc à montrer différentes facettes de son travail et à donner une idée de la cohérence de son projet tentaculaire. En soumettant le processus de création artistique à des conditions physiques et/ou psychologiques extrêmes, l’artiste interroge nos notions de la survie, de la menace et, partant, de la sécurité. Exote se défend cependant de tout engagement faussement politique dans l’air du temps. Les œuvres créées au sein du collectif pointent les faits du doigt pour laisser à chacun la possibilité de mettre en place un questionnement. Emeric Lhuisset est néanmoins conscient de la part de manipulation qui existe dans ce processus. Si des opinions diverses et variées peuvent théoriquement naître, il est évident que la façon de montrer les faits influence le spectateur, mais il est important que ce dernier conserve l’impression de s’être forgé son propre jugement.

Anne Monier
Historienne de l’art

 

 

> Louis Marin nous dit du piège qu’il est « d’autant plus efficace qu’il n’apparaît point tel » ; ou encore qu’il « fonctionne merveilleusement à condition de n’en rien dire » . Ces propos se confirment pour les ravissements qui parcourent l’œuvre photographique d’Émeric Lhuisset.

On a beaucoup insisté sur les dispositifs mis en place… sans toujours souligner combien l’œil prenait plaisir à y tomber, voire à redemander. Sans la valeur esthétique et artistique dont témoignent ces photographies, ces mécanismes sembleraient bien froids. Tout au contraire, la joie, la chaleur humaine, les lumières, les contrastes, séduisent de prime abord et dissimulent les ressorts de la création qui ne sont jamais exhibé tels.

Il faut donc fouiller, exhumer l’image pour y lire les agencements, les rythmes, les compositions qui donnent à ces photographies, par delà leurs thèmes, leur force et leur authenticité. Un voyage en soi n’est pas gage d’exotisme ni de photographie réussie : il faut un discours, une « vision » artistique et existentielle pour leur donner du poids. C’est cette vision, présente dans l’œuvre d’Émeric Lhuisset, que nous nous sommes efforcé d’expliciter. Car la séduction a un prix : les photographies charment mais pour mieux interpeller le spectateur, l’emmener dans une aventure et une réflexion sur sa place et son rôle.

Au travers de ces photographies, tout l’invite à ne pas se sentir « en dehors » mais impliqué par la vie : autant de raisons pour affirmer qu’elle tranchent bel et bien avec le flux de photographies froides et obscènes dont nous abreuvent, quotidiennement, les grands flux médiatiques.

Jean-Baptiste Chantoiseau
Enseignant chercheur dans l’Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris 3)
Interpellés par l’image. Pièges et ravissements dans les photographies d’Émeric Lhuisset (extrait).


 

 

> Este vistazo crítico en Revelado, será destinado a narrar un encuentro con la obra del jóven artista francés, Emeric Lhuisset, estudiante en la Ecole de Beaux-Arts de París. Encuentro que fue posible gracias al nomadismo estético que realiza este artista desde hace un buen tiempo. En realidad su obra no la ví expuesta en ninguna galeria ni museo. Solamente la descubrí en sus propias manos, cuando él pasó por Bogotá hace poco más de un mes. Sus fotos son la materialización de lo que yo he llamado “un nomadsimo estético”. Cuando fuí invitado por el Collège International de Philosophie a exponer mi tésis sobre creación y nomadimo en el caso de Fernando Pessoa, puse de manifiesto que para un acto creativo era indispensable, el viaje y la abolición de fronteras. Ese viaje puede ser real o imaginario. En el caso de Lhuisset, el viaje que el ha emprendido es real. Aprovechando varias oportunidades, este artista a viajado por varias partes del mundo, Afganistan, Pakistán, India, China, Brasil y Colombia desdibujando las fronteras. Pero sus fotos no son solamente un registro de un viaje, como podría hacerlo un turista. Al contrario sus fotografías son verdaderas relaciones textuales, donde los lugares no son sino un pre-texto para revelar las contradicciones socio-políticas.


Por ejemplo en la foto de la serie “Made in China” titulada “Retrato oculto” (2004) vemos como lo uniforme en una sociedad donde las distancias sociales, cada vez son más grandes, deviene un disonancia matizada por un extraño matrimonio entre comunismo y capitalismo. Los guardias y sus impecables uniformes parecen ocultar una realidad que apenas podemos imaginar. En otra de sus fotos-serie titulada “Go to see the swimning pool” (2004), el artista nos muestra una piscina olímpica abondonada. Esta imagen deja ver un cielo azul maravilloso, pero en la piscina no hay agua, ni una sóla persona. En su remplazo vemos una serie de desportillamientos de impactos de bala en el cemento. No es difícil de imaginar que esta piscina situada en Kaboul, sirvió no propiamente como lugar de esparcimiento. Las fotos de Emeric Lhuisset parecen silenciosas, pero tienden en realidad a ensordecernos. Ellas tienen la facultad de mostrar lo que en ocasiones no vemos. Es decir que son verdaderos señalamientos de acontencimientos que los medios de comunicación tienden a dejar en el olvido.


En otra de sus imágenes “Había una vez una niña que quería ser una princesa” vemos a una chica francesa que se transforma en una “princesa” del cercano oriente. Al final de las fotos vemos la frase lapidaría: “El 14 de octubre de 1996, una niña de 10 años es condenada a la amputación de sus dedos por haberselos pintados con esmalte para uñas”. Todo comentario está de más. Pero Emeric, no solamente toma fotos de otros sitios del mundo pensando quizá que los conflictos sociales están fuera de casa. En la serie “Aquí entre otras cosas” las fotos devienen vallas que confrotan al paseante. En las fotos vemos otras frases: “¿Hacia dónde?” y “¿Dónde estás tú?”. Esas imágenes nos hablan de las revueltas de los jóvenes al comienzo de año en Francia. Pero como dice el propio artista: estas fotos no son “Ni apología de la violencia, ni invitación a la contestación, estás imágenes ponen de manifiesto la crísis de una sociedad”.


Lo que realmente me interesa del trabajo de Lhuisset es el maravilloso diálogo que se establece entre la imagen fotográfica y el texto. Sus fotos son verdaderos textos y al lado de ellos, desde el título mismo, la poesía es manifiesta. A sus fotos le acompañan una serie de poemas que el artista saca de su cuadernillo de viajes. Poemas como el siguiente que dan cuenta de ese nomadimos estético, donde imagen poética e imagen artística, nos hace pensar que el arte poético , en el sentido estricto de la palabra poético, aún tiene un lugar en la contemporaneidad:

“Mirada persistente, /ebriedad acostumbrada, / el silencio ebrio... mordisqueo un pan, / mordisqueo la piel... el alcool chorrea, / el juego de cartas cae, / el espejo se rompe, / las bocas cantan... mi cabeza da vueltas, / vagón 11... / Bienvenidos al tren 36b1A dirección Ouban-Bator.”


Fotografías-rastro de un viaje que apenas comienza, y que sin duda en poco tiempo nos narrarán de su paso por estas tierras del Sur.

 

Ricardo Arcos-Palma
Directeur du Museo de Arte de la Universidad Nacional
Professeur à l'Universidad Nacional de Colombia / Critique d’art.

 

> Emeric Lhuisset est un jeune artiste en marche. Parcourir le monde et en saisir ses conflits donne à ses images une force esthétique  qui révèle la diversité des conditions humaines.

Jacky Chriqui
Professeur à l’Ecole Nationale Supérieure
des Beaux-Arts de Paris.  

 

 

 

> Photographies, poésies, installations, dessins... Emeric Lhuisset traque les zones de conflit. Comment les gens se remettent-ils des conflits, quelles traces en reste t’il ?
La photographie « go to see the swimming pool » a été prise à Kaboul en Afghanistan en 2004. Que voyez-vous ? Une piscine, les montagnes, une douce lumière et pourtant... Et pourtant que dire de ces traces de balles, pourquoi la piscine est-elle vide ?
Les Afghans qu’il rencontre sur sa route lui disent : « go to see the swimming pool ! ». Il s’y rend et trouve ce lieu où les opposants au régime taliban ont été égorgés et ceux qui ont tenté de s’enfuir abattus (d’où les traces de balles). Le lieu détourné devient source d’inspiration et d’interrogation.

Lors de ses longs voyages qu’il effectue seul, Emeric récolte des témoignages, des impressions et des sensations (souvent fortes). La durée des périples lui permet de se débarrasser de ses préjugés et de mieux vivre et ressentir le lieu et ses habitants. La solitude choisie le rend disponible et l’aide à mieux s’ouvrir aux autres, à ces lieux mal connus empreints d’appréhensions. Il se fond dans le paysage et devient un habitant parmi les autres, vêtu des habits traditionnels. Il n’hésite pas à aller là où il n’est pas le bienvenu, notamment dans les zones tribales où les occidentaux n’ont pas le droit de pénétrer. Emeric se livre corps et âme dans son projet et choisit de se mettre lui-même en danger pour parler du danger.

Ne vous laissez pas endormir par des images et des faits banalisés, restez attentif au monde et aux hommes. Emeric est un artiste engagé, un réveilleur de nos consciences endormies par des images barbares de tragédies humaines, devenues banales dans la presse. Il s’appuie sur des photographies, des dessins et des textes épurés où la violence et l’horreur sont sous-jacentes. Il ne triche pas et livre son travail avec la pudeur et la discrétion qui sont les siennes.

« Au loin les montagnes de l’Hindu Kush,
dans les rues des Humers surmontés de mitrailleuses croisent des "oiseaux bleus".
Ces oiseaux bleus sans avenir.
Ce pays où l’idée retrouve le rêve, tout simplement par ce que la liberté de penser n’a de place que dans l’inconscient ou dans l’irréel.
Réalité, religion, rêve, aberration, anarchie, alarmante, Afghanistan.
Moralité, mortalité, matérialité, miracle, modèle, marche ou crève,
fidèle à ton destin,
fidèle à ton dieu…
Mais n’est-ce pas toi-même qui le crées ton destin ? »

extrait de son poème « Les oiseaux bleus »

Il prépare actuellement plusieurs expositions, travaille sur une série de dessins de silhouettes de guerriers, et s’apprête à un voyage en Amazonie à bord d’un « bateau-atelier » laboratoire d’expérimentation artistique. Il souhaite y observer la confrontation entre les différentes cultures. Pour ses prochains longs voyages, il pense notamment à la Colombie, à la Tchéchénie et à l’Afghanistan pour réfléchir cette fois-ci sur les mercenaires. Artiste du mouvement et en mouvement, Emeric Lhuisset nous invite au voyage. Son travail est subtil et poétique. Il est un témoin silencieux de ces lieux où beaucoup n’osent plus aller. Il pose sans que l’on s’en aperçoive au premier regard, les jalons d’une réflexion, d’un questionnement pour celui qui croise son travail.

Un artiste discret et talentueux à suivre de très près...

Jeanne Pariente